Thèse

Membres du jury :
  • M. J-Cl. Polet, Président

  • M. M. Dorban, Promoteur

  • M. M. Dumoulin, Copromoteur
  • 
M. J-M. Yante
  • 
M. J. Pirotte

  • M. J-P. Lehners, Vice-recteur Université du Luxembourg

Soutenance 29 juin 2006 suivant les critères de Bologne

Luxembourg, de l’historicisme au modernisme, de la ville forteresse à la capitale nationale.

L’historiographie a étudié l’ancienne forteresse de Luxembourg, son démantèlement, l’urbanisation des anciens domaines militaires et la construction de la ville suivant les points de vue de l’ingénieur, de l’amateur d’histoire militaire, ou encore de l’historien d’art. La particularité de cette thèse consiste à étudier, à partir des comportements types des promoteurs (Gouvernement, commune, communautés religieuses, société civile) le pourquoi et le comment des choix opérés sur le plan de l’urbanisation, de la construction et de l’architecture historiciste de la ville au cours de la période 1859 (arrivée du chemin de fer) à 1920 (fusion avec les communes périphériques). Sources écrites, sources monumentales et photographiques se sont complétées pour délivrer les valeurs sociologiques, économiques et philosophiques qui ont guidé les « bâtisseurs » de cette ville, appelée à s’inventer une nouvelle identité suite au départ de la garnison prussienne au lendemain du Traité de Londres de 1867.
Depuis 963, la ville de Luxembourg occupe un site accidenté, au centre de deux cultures différentes, latine et germanique. Sa situation stratégique et militaire, est constamment convoitée par la politique de ses trois voisins (France, Allemagne, Belgique). Tout en étant la capitale d’un Etat indépendant depuis 1839, Luxembourg fait partie de l’espace économique allemand avec lequel le Grand-Duché a signé les accords douaniers.
Alors qu’en 1867/68 les projets de création d’une université catholique échouent, que la topographie du site ne permet pas de raccordement direct au réseau ferroviaire, les autorités nationales devenues propriétaires des anciens domaines militaires, décident de convertir la ville en marché national et international, en la reliant par de larges percées aux marchés que présentent ses pays voisins. L’urbanisation épouse les cycles économiques, lâchant tour à tour les terrains au moment où le marché est prêt. En s’adjoignant Edouard André comme expert, l’Etat, s’inspire des expériences des capitales étrangères, notamment de Paris. Le Gouvernement est l’agent immobilier exclusif, maîtrisant, à ses propres fins, les pouvoirs législatif et exécutif. Les travaux d’urbanisme, faisant usage des nouvelles technologies, créent un paysage tout à fait artificiel répondant aux exigences d’hygiène. Les embellissements et services culturels et de loisirs implantés dans les nouveaux lotissements sont destinés à attirer une clientèle qui devait sa prospérité aux sociétés anonymes nouvellement créées. La refonte de la législation commerciale permet de scinder production industrielle proprement dite, et la propriété/gestion des industries. Dès lors, les administrateurs propriétaires résident en la capitale qui réunit le pouvoir de gouvernemental et de décision économique, le pouvoir financier. Les Aciéries réunies de Burbach Eich et de Dudelange (ARBED) établissent leur siège au centre de la capitale, il en va de même pour la société des Terres Rouges, les sociétés de chemin de der. A Luxembourg-ville, on réside et on décide, au Bassin minier, riche en minerai oolithique, par contre, on travaille le minerai, on produit et on exporte. La taxe d’octroi, à Luxembourg-ville servira jusqu’au terme de l’urbanisation des anciens domaines militaires, à bannir l’industrie du centre destiné à accueillir les services nobles et à rendement économique élevé. La politique de tolérance attire les communautés religieuses fuyant le « Kulturkampf » pour s’établir soit en périphérie de la capitale, soit près de la gare centrale pour attirer la main d’oeuvre des campagnes que ces ordres et congrégations s’apprêtent à former pour les écouler ensuite sur le marche urbain proche.
Cette ségrégation sociale se reflète également au niveau de l’architecture. L’Etat arrête les valeurs qui définissent le citoyen: être instruit, appliqué et mobile. Celui qui les affiche sur ses façades ou sa tombe, fait partie des couches sociales bourgeoises qui détiennent le pouvoir. La monarchie protège l’Etat qui garantit le cadre légal à la prospérité. Ce dernier détient sa légitimité d’une présumée indépendance vécue au Moyen Age et retrouvée après le départ de la garnison prussienne.
Le programme architectural de la révolution industrielle consomme des superficies élevées à organiser de façon rationnelle. Les études d’architecture exclusivement faits à l’étranger, les voyages d’études et la presse spécialisée permettent aux architectes de répondre aux nouveaux besoins. Vu l’ouverture sur les deux mondes culturels, l’architecture à Luxembourg revêtait un caractère résolument international. La recherche d’une fonctionnalité optimale et d’un prix minimal de construction ouvre la porte aux nouveaux matériaux. Le clivage entre l’architecture traditionnelle, axée sur l’esthétisme et l’artisanat, et une architecture moderne, fixée sur le rendement, la fonction et la technique est parfait.En conciliant ces vues, l’historicisme s’est voulu le fondement de l’architecture moderne. Le décor historisant, ni ne visualisant de façon satisfaisante, ni ne servant la fonction, devient progressivement superflu.
L’égalité des citoyens prônée par la société post-révolutionnaire entraîne une rivalité entre les couches sociales et les mondes philosophiques. Le siège d’une société commerciale ou l’hôtel particulier rivalisent avec le palais grand-ducal ou l’hôtel des Postes, le pensionnat religieux ou le projet d’une cathédrale. La nécropole du XIXe siècle, par ses monuments, devient le reflet de cette société.

Originalité de l’étude

Le travail se place dans une série d’études sur l’urbanisme et l’architecture des villes européennes.
Nouveau point de vue :
  • histoire des mentalités et histoire des culturelles visuelles : étude de l’identité d’une ville à partir de son urbanisme et de son architecture.
  • une nouvelle démarche : la multidisciplinarité fusionnant les point de vues de l’historien d’art, du sociologue, du politologue, du géographe avec celui de l’historien. L’objectif du travail consistait à comprendre, dans leur globalité, les transformations que vécut la ville de Luxembourg entre 1859 et 1920.
Intérêt spécifique du cas de Luxembourg-ville :
  • une ville de province et de garnison devient capitale nationale ;
  • une cité ouverte sur les modèles latin et germanique ;
  • la création d’une identité nationale par l’urbanisme et l’architecture ;
  • l’impact du pouvoir politique sur l’évolution d’une ville.
Caractère inédit de l’information et de l’iconographie recherchées dans divers fonds d’archives, dont celui de la Cour grand-ducale généralement fermé au grand public.
 
A consulter intégralement sur Bictel de l'UCL et sous forme éditée :
Luxembourg, de l’historicisme au modernisme, de la ville forteresse à la capitale nationale (1858-1920).

 

Edition de la thèse de doctorat sous le haut patronage du
 
Ministère de la Culture, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et de la ville de Luxembourg.
 
Editeur: Editions Ilots, Louvain-la-Neuve - luxembourg, 2006.
1.332 pages réunies dans deux tomes présentés dans un boîtier;
5.850 notes, bibliographie importante ; 163 illustrations (largement en couleurs), dont de nombreux documents inédits.
format 17 X 24 cm
 
épuisé
en lecture à la Bibliothèque Nationale de Luxembourg www.bnl.lu
disponible dans plusieurs bibliothèques universitaires à l'étranger.

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